Se reconstruire, ce n’est pas seulement devenir une nouvelle personne.
C’est aussi accepter qu’une ancienne version de toi ne pourra plus continuer à vivre comme avant.
Et ça, c’est un deuil.
Pas forcément le deuil d’une mauvaise personne.
Pas le deuil d’une personne faible.
Pas le deuil d’une personne “ratée”.
C’est le deuil d’une version de toi qui a fait comme elle a pu avec ce qu’elle savait, ce qu’elle avait vécu, ce qu’elle croyait mériter, ce qu’elle avait peur de perdre.
Peut-être que cette ancienne version de toi a accepté trop peu.
Peut-être qu’elle s’est accrochée à des gens qui ne la respectaient pas.
Peut-être qu’elle s’est abandonnée pour être aimée.
Peut-être qu’elle a confondu amour et souffrance, loyauté et sacrifice, patience et effacement.
Peut-être qu’elle s’est tue alors qu’elle avait mal.
Peut-être qu’elle a souri alors qu’elle était en train de se briser intérieurement.
Mais il faut comprendre une chose importante : cette version de toi n’était pas ridicule. Elle était en survie.
Elle n’avait pas encore les outils.
Elle n’avait pas encore la lucidité.
Elle n’avait pas encore la solidité intérieure.
Elle cherchait de l’amour, de la sécurité, une place, une preuve qu’elle comptait.
Donc se reconstruire, ce n’est pas la mépriser.
C’est la regarder avec compassion et lui dire :
“Je comprends pourquoi tu as fait ça. Mais maintenant, je ne peux plus continuer à me perdre de cette manière.”
Le deuil commence là.
Quand tu réalises que certaines habitudes ne peuvent plus venir avec toi.
Tu ne peux pas vouloir guérir et continuer à te trahir.
Tu ne peux pas vouloir reprendre confiance et continuer à chercher ta valeur dans le regard de ceux qui t’ont blessée.
Tu ne peux pas vouloir devenir ton propre refuge et continuer à courir vers des personnes qui te font sentir en insécurité.
Tu ne peux pas vouloir une nouvelle vie en restant fidèle à d’anciens schémas qui t’ont détruite.
À un moment, il faut accepter de perdre certaines choses pour te retrouver.
Perdre l’habitude de supplier.
Perdre l’habitude d’expliquer ta douleur à ceux qui choisissent de ne pas l’entendre.
Perdre l’habitude de minimiser ce que tu ressens.
Perdre l’habitude de te sentir coupable dès que tu poses une limite.
Perdre l’habitude de retourner vers ce qui t’a déjà montré son vrai visage.
Ce deuil peut faire mal parce qu’une partie de toi était attachée à l’ancien fonctionnement. Même s’il était douloureux, il était familier.
Le chaos peut devenir familier.
L’attente peut devenir familière.
Le manque peut devenir familier.
La peur de déplaire peut devenir familière.
Le besoin d’être choisie peut devenir familier.
Alors quand tu commences à choisir la paix, ton corps peut ne pas reconnaître tout de suite cette nouvelle stabilité. Il peut même la trouver étrange.
Tu peux te demander :
“Pourquoi je me sens vide alors que je vais mieux ?”
“Pourquoi j’ai envie de retourner vers ce que je sais pourtant mauvais pour moi ?”
“Pourquoi poser une limite me fait culpabiliser ?”
“Pourquoi je doute de moi alors que je suis en train de faire le bon choix ?”
Parce que ton système intérieur est en train de se rééduquer.
Tu n’es pas en train d’échouer.
Tu es en train de te déshabituer de la survie.
Guérir, ce n’est pas devenir insensible.
C’est apprendre à ne plus te laisser diriger par tes blessures.
Reprendre confiance, ce n’est pas ne plus jamais douter.
C’est apprendre à revenir à toi quand tu doutes.
Être ton propre refuge, ce n’est pas ne plus avoir besoin de personne.
C’est ne plus faire de n’importe qui ta maison.
C’est pouvoir te dire :
“Même si quelqu’un part, je ne m’abandonne pas.”
“Même si quelqu’un ne me choisit pas, je ne vais pas me réduire pour être choisie.”
“Même si j’ai peur, je ne retourne pas dans ce qui m’a détruite.”
“Même si je suis seule un moment, je reste avec moi.”
Se reconstruire, c’est faire mourir l’ancienne loyauté envers la douleur.
C’est arrêter de protéger des schémas qui ne te protègent pas.
C’est arrêter de justifier des comportements qui t’abîment.
C’est ne plus appeler amour ce qui te fait perdre la paix.
C’est arrêter de croire que souffrir prouve que tu aimes fort.
Et petit à petit, une nouvelle version de toi apparaît.
Une version qui observe avant de s’attacher.
Une version qui écoute son corps quand quelque chose sonne faux.
Une version qui ne négocie plus sa dignité.
Une version qui ne court plus derrière les miettes.
Une version qui ne cherche plus à être sauvée, mais à se choisir.
Une version qui comprend que la paix n’est pas ennuyeuse : elle est précieuse.
Mais cette nouvelle version ne naît pas sans résistance.
Parce qu’elle te demande de renoncer à certains réflexes.
Renoncer à répondre tout de suite par peur de perdre l’autre.
Renoncer à te justifier quand tu sais que ta limite est légitime.
Renoncer à retourner dans des relations où tu dois supplier pour être considérée.
Renoncer à l’idée que ton amour peut réparer quelqu’un qui ne veut pas se responsabiliser.
Renoncer à ton ancien rôle : celle qui comprend tout, pardonne tout, porte tout, excuse tout.
Ce n’est pas facile.
Mais c’est nécessaire.
Parce que tu ne peux pas devenir ton propre refuge si tu restes disponible pour ce qui te met en danger intérieurement.
Être ton propre refuge, concrètement, c’est apprendre à te traiter comme quelqu’un que tu ne veux plus abandonner.
Ça veut dire : quand tu as mal, tu ne te juges pas immédiatement.
Tu t’écoutes.
Quand tu fais une erreur, tu ne te détruis pas intérieurement. Tu apprends.
Quand tu ressens un manque, tu ne cours pas automatiquement vers la mauvaise personne. Tu respires, tu ralentis, tu reviens à toi.
Quand tu sens qu’une situation te diminue, tu ne restes pas juste pour prouver que tu es forte. Tu te protèges.
La vraie reconstruction commence souvent par cette phrase intérieure :
“Je ne veux plus me faire du mal.”
Je ne veux plus me parler avec violence.
Je ne veux plus ignorer mes signaux.
Je ne veux plus me forcer à rester là où je me sens petite.
Je ne veux plus appeler amour ce qui me fait perdre ma lumière.
Je ne veux plus construire ma vie autour de la peur d’être abandonnée.
Faire le deuil de l’ancienne toi, c’est donc accepter qu’elle a eu une fonction : elle t’a aidée à survivre.
Mais maintenant, tu n’es plus seulement appelée à survivre.
Tu es appelée à te respecter.
À te comprendre.
À te protéger.
À te reconstruire.
À avancer avec plus de clairvoyance.
Tu n’as pas besoin de haïr celle que tu étais pour devenir celle que tu veux être.
Tu peux lui dire merci.
Merci d’avoir tenu.
Merci d’avoir traversé.
Merci d’avoir fait comme tu pouvais.
Puis tu peux lui dire au revoir.
Pas parce qu’elle ne vaut rien.
Mais parce que tu mérites mieux que de continuer à vivre enfermée dans une version de toi construite par la douleur.
Se reconstruire, c’est ça :
cesser de demander à tes blessures de conduire ta vie.
Et choisir, jour après jour, de devenir une personne auprès de qui tu te sens enfin en sécurité.
Aujourd’hui choisis une action concrète pour te rapprocher de toi.
Prends soin de toi et de ta santé mentale : personne ne le fera à ta place.
Avec toute ma bienveillance
Edwige T.

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